Qui a peur de l’entrée des réseaux sociaux en classe? Les élèves !

 

De quoi avons nous peur dans la pratique des réseaux sociaux en classe?

Suite à la table ronde à laquelle j’ai participé pour le café pédagogique [ http://www.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.cafepedagogique.net%2Fcommunautes%2FEducatice2010%2FLists%2FBillets%2FPost.aspx%3FID%3D2&h=09582 ]

à #Educatice, j’ai été interviewée par France inter à ce sujet .

Dans ce reportage, ont été aussi interrogés des lycéens sur le même thème : leurs avis sur la question sont unanimes : il ne faut pas faire rentrer les réseaux sociaux à l’école. Ce n’ est pas leur place, ce n’est pas sérieux.

C’est l’avis des lycéens et d’un très large public d’adultes, enseignants ou non.
Une peur populaire sur les réseaux sociaux du net se généralise et globalement sur l’internet, Facebook en tête. A chaque fois que Facebook est abordé dans des réunions pédagogiques et globalement dans les médias, c’est pour évoquer tous les abus, dégâts, dérives engendrés par la pratique d’un tel média. Le sommet a été atteint médiatiquement avec les « apéros facebook » au printemps.

Les adolescents, comme la société, ont assimilé cette idée du média social du net. C’est leur moyen de communication (après le sms) privilégié mais veulent le garder du domaine du privé.

Facebook et de façon plus générale le réseau social du net représente pour eux une terre privée et terre de danger dénuée de tout sérieux : c’est un espace de jeu mais surtout pas de travail. Impression donnée par leurs propres pratiques et par la diabolisation engrangée par les médias.

     Pour présenter « twitter en classe » à mes élèves, je constate deux réactions qui s’opposent:1) l’élève se réjouit qu’on parte de ses pratiques numériques: que le micro-blogging de type facebook puisse entrer dans ses pratiques scolaires, qu’un enseignant ne diabolise pas son moyen de communication favori et généralement Internet.
    2) Mais l’élève est méfiant et a peur : il sait quelles dérives le micro blogging engendre (parfois il pratique ces dérives, parfois il les subit des autres) et ne cesse d’entendre combien Internet et en particulier ces réseaux là sont dangereux. Les médias lui disent, l’institution scolaire lui répète !  Facebook est bloqué dans la plupart des établissements scolaires.

J’ai pu rapidement convaincre mes élèves de l’intérêt de la pratique pédagogique de Twitter. Parce qu’ils n’utilisent pas personnellement ce média. Twitter , je le sais, reste et restera pour ces promotions un média sérieux et scolaire du fait de l’usage que j’en ai imposé. IL y a donc différenciation complète dans leurs esprits et dans leurs pratiques.

J’ai décidé pour les deux années scolaires à venir  d’étendre nos usages en classe en partant de leurs usages personnels. Pour deux raisons:

  • toujours cette volonté de les éduquer à l’internet
  • et parce que je suis partie du postulat suivant :  partir de leurs usages personnels permet une meilleure implication de l’élève. C’est aussi « confortable » pour l’enseignant: partir de leurs usages permet de sauter la période de formation à l’outil (gain de temps estimable!) et surtout permet de valoriser les compétences de l’élève : le savoir ne vient pas que de l’enseignant. L’élève se pose formateur pour les élèves les plus faibles dans ces pratiques (inversion souvent des rôles du « plus fort » et du « plus faible ») Ainsi j’ai décidé en plus de Twitter de leur faire créer des pages facebook sur des évènements que nous organisons au lycée ( expositions mises en place, concours de poésie etc) , un blog sur leurs écrits en français , une boite mail active de classe, des google docs, du travail collaboratif avec Eterphad, des publication de vidéos sur youtube, des CV vidéos pour leurs recherches d’emploi, de stage ou recrutement en écoles post bac.Les réseaux sociaux, youtube, le mail, le blog sont leurs principales pratiques. Nous agrégeons des pratiques comme Eterphad et les CV vidéo. Il en est là de la partie formation qu’incombe à l’enseignant : ne pas laisser l’élève à son niveau personnel de connaissances et de formation mais bien l’élever stricto sensu.Toutes ces pratiques restent sous la thématique de l’éducation à l’internet et de la construction d’une identité numérique positive de l’élève. Dans le cadre d’une séquence sur l’autiobiographie, je leur ai fait écrire des textes à la manière de François Delarozières (chef des « machines » de Nantes). L’objectif final étant de les faire se filmer avec des smartphones à la manière de cette vidéo ( http://www.dailymotion.com/video/x5ul3r_interview-de-francois-delaroziere_creation) . J’avais prévu le stockage de ces vidéos sur Youtube. Ces vidéos doivent servir d’autobiographies et donc de présentations dans le cadre de nos échanges via twitter avec les étudiants indiens de David Cordina à  l’Alliance Française de Bombay [ voir ici le programme de ces échanges [ https://maonziemeannee.wordpress.com/2010/10/20/twitter-en-classe-creer-de-nouveaux-espaces-dapprentissage ]. Chaque vidéo doit identifier l’élève qui a réalisé le mini-film et l’élève filmé.
    Je me heurte pour le moment à une résistance forte de plusieurs élèves pour cette diffusion. Ils argumentent qu’ils ne veulent pas se retrouver « sur internet » , que cette vidéo pourra nuire à leur image etc. J’ai été confrontée à la même opposition lors de la création de leurs comptes twitter : je leur ai demandé de mettre en pseudo leur prénom et leur nom et en avatar une photo d’eux [https://maonziemeannee.wordpress.com/2010/09/06/creer-un-profil-identitaire-valorisant-sur-twitter-et-utiliser-un-serious-game/ ] . Certains ont refusé ces règles.

  Je mène un long travail de persuasion sans savoir si je gagnerai : je suis confrontée à l’élève qui a peur alors que nous sommes dans un processus raisonné et accompagné. Phénomène que je n’ai pas connu l’année passée avec la première classe tweeteuse. Mes élèves cette année sont plus jeunes d’au moins deux ans avec un niveau de réflexion beaucoup moins mature. J’avais des pré-adultes, j’ai cette année de vrais adolescents. Ils sont nés sur internet sur les derniers relents de skyblogs et en pleine médiatisation de Facebook. Médiatisation et diabolisation. Les reportages, les émissions comme Envoyé spécial en février (http://envoye-special.france2.fr/index-fr.php?page=reportage&id_rubrique=1313 ) Canal plus en septembre, des articles de presse comme celui de Télérama ( http://www.sampleo.com/blog/2010/11/08/sur-internet-rien-ne-sefface/) ne pointent que sur les aspects négatifs de l’internet. Rarement les médias « grand publics » pointent sur les aspects positifs, sur les avancées sociales, pédagogiques que l’internet permet (alors que tous les journalistes travaillent aujourd’hui et ne pourraient se dispenser d’un tel outil de travail!).

Nous partons aujourd’hui d’un lourd constat qu’il ne faut surtout pas nier et occulter : personne n’a été formé aux usages de l’internet et en particulier aux réseaux sociaux du net type Facebook. Les dérives, les dégâts sont lourds lorsque mal utilisés. Le procès récent [ http://www.lalsace.fr/fr/article/3171804/Proces-trois-salaries-licencies-pour-avoir-critique-leur-hierarchie-sur-Facebook.html ] montre que les adultes sont largement concernés par ces dérives. Focaliser uniquement sur les adolescents serait une grave erreur. Aujourd’hui les plus mauvais utilisateurs de l’internet sans réflexion, sans recul, sans prise de conscience sont les adultes.

S’il est difficile, voir impossible de former les adultes, c’est totalement possible pour les élèves des petites classes jusqu’aux études supérieures.

J’ai à convaincre des adolescents que tout est possible sur Internet : le pire est à éviter, le meilleur est à construire de façon raisonnée. Si un futur employeur tape le nom d’un de mes élèves sur « google », il trouvera (aussi !) des travaux de français, de logistique, des échanges via twitter à propos des cours, des vidéos de présentation, des pages facebook sur une expo photo à laquelle il aura participé, un concours de poésie qu’il aura gagné. Une identité numérique Positive.

A suivre !

7 réflexions sur “Qui a peur de l’entrée des réseaux sociaux en classe? Les élèves !

  1. Sans animosité aucune, je pense que vous faites erreur : un élève a le droit la plus absolu de refuser de publier sur le net…comme le soulignait très justement Maitre Eolas ce matin « une société transparente est une société totalitaire…Oui, mais le droit à l’opacité concerne les citoyens, pas l’État. » Et en l’occurrence il ne s’agit pas forcement pour l’élève de peur mais de conscience…

    • @fmeichel : vous avez mal lu. En aucun cas , je ne les « oblige ». Ce n’est pas mon rôle d’enseignante de les obliger. Si vous lisez bien: ceux qui n’ont pas voulu d’un twitter reprenant leur nom/Prénom et leur photo en avatar n’ont pas été « obligés » de le faire. Je leur propose, on en discute, on argumente. MOn rôle est de leur prouver qu’une identité numérique positive est possible et constructible. C’est ça prendre conscience d’Internet. Comme vous, comme moi (et comme beaucoup de monde !) l’avons puisque nous utilisons nos propres identités sur Internet. Nous sommes ensemble (et non moi contre eux) dans la réflexion et l’analyse d’outils et de ce qu’il est possible d’en faire. En classe et dans leur citoyenneté. C’est le rôle de l’école. C’est ma tâche d’enseignante.
      Merci pour votre commentaire.

  2. Je suis surprise de ce refus d’adolescents de diffuser sur Internet. Est-ce bien leur point de vue ou ceux de leurs parents? Tu soulignes, Laurence, que l’an dernier, tu n’as pas eu à te « heurter » à ces refus, sans doute du fait qu’ils s’agissait de pplus grands. Peut-être aussi le phénomène était nouveau et depuis, tu as été médiatisée, les parents et élèves ont eu le temps de la réflexion, alimentée par les propos des médias…
    En tout cas, cette problématique souligne le phénomène médiatique de diabolisation autour des réseaux sociaux. Entre présenter les réseaux sociaux comme nouvelle aire de communication et les dénigrer complètement, il doit y avoir moyen de trouver un équilibre, non? Et je crois fort à l’éducation aux médias pour le trouver…

    • @Annabelle : il s’agit bien de leur propre méfiance et pas du tout celle des parents. La médiatisation de mon travail, ces élèves là n’en ont jamais entendu parler ! Comme 99% des Français d’ailleurs ! Elle est connue par un microcosme qui ne les concerne pas du tout ! Ca ne vient pas de leurs parents, ils sont malheureusement le plus souvent déconnectés de la vie scolaire de leurs enfants. En lycée pro, l’élève est livré à lui-même (sauf exceptions) dans son parcours scolaire. Il n’y a pas la référence culturelle parentale. La seule culture (là encore je généralise mais note les exceptions) vient des médias les plus populaires. Et c’est avec cette vision donnée par ces médias donnent à Internet et aux réseaux sociaux que je dois composer.
      C’est intéressant de confronter leur place dans la société et celle que leur donne l’école. Je suis prof aussi d’éducation civique !

  3. Bonjour Madame 🙂
    J’ai plusieurs questions, quelques unes plutôt centrées sur le contenu et d’autres tout à fait périphériques.
    Sur le contenu, comment fais – tu pour expliquer l’histoire du net, du web, son idéal de liberté et l’intercaler avec ta discipline et ta pédagogie ? Et comment fais – tu pour légitimer twitter par rapport à des technologies open source qui sembleraient mieux coller avec une appréhension des dynamiques d’Internet ?
    Par ailleurs, tu ne dois pas ignorer qu’une des questions importantes de la recherche en Sciences de l’information et de la Communication et Sciences de l’éducation orientation TICE porte sur la rationalisation cognitive des pratiques enseignantes et a fortiori sur le changement méthodes pédagogiques dans un contexte néo – libéral qui privilégie une approche segmentée de l’éducation tournée vers l’acquisition de compétences et de connaissances visant plus l’employabilité que l’individuation des élèves, le tout soutenu par le développement des TIC.
    Quel est ton point de vue la dessus ?
    Comment expliques – tu tes pratiques et comment fixes – tu le cadre général de tes projets ? Aussi, est – ce que tu réalises des études auprès de tes élèves du type : est-ce que vous trouvez que les TIC vous ont permis de mieux vous réaliser / individuer ?
    Désolé pour la complexité de ces questions 🙂 . En plus tu as sans doute soulevée ces points par ailleurs…
    A+

  4. Aud. dit :

    Bonjour,

    Comment réagit votre direction à ces initiatives?
    Pour ma part (collègue en ZEP, S-ST-Denis), elle répète essentiellement ces discours mal maîtrisés de diabolisation des réseaux sociaux.

  5. Bravo pour votre initiative et votre engagement d’enseignante ! Je vous suis désormais !
    Cordialement,
    Ch

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