Archives Mensuelles: novembre 2012

Les e-tandems : exemple de scénario pédagogique

J’ai évoqué dans un billet précédent (ici) le décloisonnement spatial et temporel que permet l’usage des réseaux sociaux avec un groupe-classe.

En voici un exemple concret:

schéma reverte

 

 

Depuis 4 ans, toutes les classes dans lesquelles j’ai introduit l’usage des réseaux sociaux ont échangé avec les étudiants de David Cordina (directeur pédagogique de l’Alliance française de Bombay) : les « e-tandems »  (régulièrement évoqués  ici , ici …)

DAns une semaine, je serai en Inde pour co-animer avec David Cordina une formation auprès des alliances françaises sur la mise en place des communautés d’appprenants (le détail ici).
La balise pour cette formation, #msfle,  est déjà active pour qui des participants a déjà un compte Twitter. Elle nous permet d’échanger en amont sur la formation et surtout sur nos pratiques.

J’ai lancé il y a 3 semaines sur Twitter un appel à échanges écrits associés à cette balise : 

msfleappel

La balise permet une ouverture à un réseau élargi, j’ai ainsi lancé un appel sans nomination particulière.
G. Shrivastava , enseignante de FLE (français langue étrangère) à l’alliance française de Bengalore y a répondu favorablement.
Nous avons pu mettre rapidement en place un scénario pédagogique :

Mes élèves ont étudié la révolution verte en Inde et globalement ont découvert la géographie indienne (espaces de production, mousson, agriculture, population…). . A partir de ces connaissances pré-acquises, je leur ai demandé de poser des questions à propos de la Révolution verte , de l’agriculture et des modes alimentaires indiens. Chaque question a été corrigée et reformulée à l’oral puis à l’écrit (quand nécessaire) avec l’élève.  Ces questions ont été tweetées avec la balise #Reverte  via chaque compte élève.

Les étudiants de G. Shrivastava ont lu ces questions et ont pu répondre quand ils le souhaitaient (et avaient matière à) par deux canaux de diffusion de l’écrit: le compte twitter ou sur le Ning de l’Alliance française de Bengalore .

Un exemple de question :

question marionUn exemple de réponse sur le Ning :

rep2

Un exemple de réponse sur Twitter

rep5

Les réponses ont été lues par mes élèves qui ont, parfois, tweeté des demandes de précision. Ils ont aussi souhaité poursuivre ces échanges élargissant leurs questions à la culture et aux modes de vie indiens. Ces 1ers échanges ont en effet suscité beaucoup de curiosité que nous exploitons désormais avec la balise #indofr (active depuis nos 1ers échanges avec les étudiants de l’ alliance française de Bombay) . Les étudiants indiens sont invités à y répondre et eux ont à leur tour poser des questions sur la culture et les modes de vie français.

Le storify de ces échanges est ici 

Quel bilan à cette activité pédagogique? 

Les leviers sont nombreux:

–  l’élève comprend que le cours théorique reçu en cours de géographie peut être placé dans la réalité. Il n’y a pas dissociation: ce que j’apprends ici est un espace réel. L’élève devient curieux: facteur essentiel en pédagogie!

l’élève travaille sa langue, réfléchit à l’orthographe, au niveau de langue, à la syntaxe : il écrit pour être lu ! Donc il soigne son écrit qui est valorisé: c’est une référence pour l’apprenant indien.

L’élève travaille collaborativement: les tweets sont publics. Il lit ceux des autres élèves et corrige, commente, s’implique dans l’écrit de l’autre et plus seulement dans le sien.  L’oral et la participation active de l’élève ont eu une place essentielle dans l’activité

-Les échanges se sont déroulés en a-synchrone: ce qui permet une flexibilité de l’activité et a suscité l’impatience de l’élève! Ils attendaient les réponses, ont voulu y répondre aussitôt, n’ont pas aimé quand ils n’ont pas eu de réponses, ont voulu dans ce cas en poser d’autres. Enthousiasme pédagogique !

-Les échanges via Twitter sont faciles à mettre en place et rapides: L’outil est facile d’usage, les codes de communication sont acquis facilement par les élèves.

-Le réseau, quoiqu’entre deux communautés d’apprenants, reste ouvert. L’espace est balisé mais non cloisonné.

-Cette activité permet un cas pratique d’éducation à Internet et aux réseaux sociaux: réflexion sur l’image que l’élève donne de lui par son avatar par exemple . « Si j’ai une photo des One direction en avatar, l’étudiant indien va t-il comprendre que je suis une fille? » .

Le bilan est donc très positif tant par la forme que par le contenu. Les élèves et étudiants sont dans un rapport gagnant-gagnant. Je laisse à G. Shrivastava le soin de faire le bilan pour ses étudiants.

 

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« Twitter ne sert à rien…! »

« Madame, ça ne sert à rien Twitter! »

L’accueil d’un de mes élèves ce matin après 15 jours de vacances s’est fait en fanfare par cette remarque !

« Evidemment que Twitter ne  sert à rien… » lui ai-je répondu !

J’ai compris rapidement ce que voulait exprimer cet élève: pendant les vacances, il a eu besoin d’un document de classe (les consignes d’un devoir à rendre pour la rentrée).  Il a demandé sur notre réseau enseignants-élèves si quelqu’un pouvait lui donner. Mais n’a eu aucune réponse et était en souffrance puisque le devoir était à rendre pour la rentrée.  Quête infructueuse:  personne ne lui a répondu, personne ne lui a permis d’accéder au devoir perdu.

Alors ce matin, il était en colère, il fallait qu’il me le dise. « le moyen de communication que VOUS avez mis en place pour NOUS ne fonctionne pas ». 
Alors on a repris les éléments d’un réseau efficace:  Le réseau fonctionne si on apporte matière, si on communique, si on interagit.

Nous l’avons mis en place depuis deux mois. C’est un nouveau groupe classe, qui découvre un nouvel environnement scolaire (le lycée) qui plus est spécifique avec l’enseignement professionnel avec une nouvelle équipe enseignante. Voilà deux mois que nous travaillons ensemble à mettre en place les règles de vie et d’apprentissage dans ce nouvel environnement.  Si Twitter a été rapide à mettre en place (je l’ai décrit ici) techniquement, j’ai décidé de nous accorder du temps pour que ce réseau s’installe dans les pratiques. Parce que nous avons beaucoup à organiser et gérer depuis la rentrée et parce que nous avons le luxe (inestimable!) d’avoir le temps: nous allons passer 3 ans ensemble de la seconde à la terminale.

Depuis deux mois, je poste donc régulièrement des informations sur le réseau, ils savent qu’ils peuvent trouver des informations, poser des questions.
Certains le lisent régulièrement, parfois posent des questions, interagissent entre eux. C’est encore timide mais ça existe. Ils le savent tous, me disent « ah oui! on aurait dû penser à regarder! » .

D’autres ne lisent jamais, ne s’en préoccupent que lorsque nous utilisons Twitter comme outil de travail en classe.  C’est un choix qui leur appartient et qui se vaut: on a le droit de ne pas vouloir échanger en dehors du temps de classe avec son enseignante et ses camarades de classe. Il n’y a aucune obligation (surtout parce que les élèves n’ont pas tous accès de façon équivalente à Internet sur le temps personnel).

L’élève en colère ce matin est un de ceux-là.  Sauf que là, pendant les vacances, il a eu besoin, du réseau, des autres élèves, de l’enseignante concernée. Et personne ne lui a répondu.

En classe, au quotidien, nous essayons de mettre en classe des règles de vie et d’apprentissage basiques. Je participe, je communique, je travaille, je respecte l’autre, j’alimente le cours par mes savoirs, mes compétences que je tends à enrichir. Sur le réseau c’est la même chose. En classe, je leur explique qu’on ne peut pas être seulement consommateur ou pire spectateur du cours. Ce matin, je leur ai expliqué que notre réseau établi sur Twitter fonctionne et ne fonctionnera que sur ces règles de vie et d’apprentissage. On ne peut pas exiger, attendre qu’on nous réponde si jamais on n’échange, ne répond et interagit avec les autres membres du réseau.

Comprendre qu’il n’y a pas de différences entre espace « virtuel » et espace « réel ».

Alors j’ai répondu « effectivement Twitter ne servira à rien…si tu n’en fais rien! » 

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Quand le réseau social redéfinit l’Espace et le temps d’apprentissage

En deux schémas, la modélisation de deux perceptions de l’Apprentissage:

Sur le 1er schéma:

20121106-071623.jpg

L’Espace classe traditionnel délimité dans l’espace, le temps et la Société. L’enseignant (représenté par un rectangle vert) détient les savoirs et les distille, les distribue au groupe classe (représenté par des ronds rouges). Au premier rang, les élèves les plus réceptifs. Plus on s’éloigne de l’enseignant, plus la réception est faible. Il a peu d’échanges entre l’enseignant et les élèves, aucun entre les élèves. L’enseignement est frontal, unilatéral. L’enseignant monte sur l’estrade pour s’imposer physiquement et intellectuellement. C’est la classe traditionnelle héritière de Jules Ferry. Figée mais rassurante pour l’enseignant, l’élève, le parent, l’administration.

Sur le Schéma 2,

20121106-071728.jpg

L’Espace et le Temps d’apprentissage ne sont plus limités. L’enseignant n’est plus au centre, n’est plus le seul à détenir le Savoir. Il apporte des savoirs et des compétences que n’a pas encore l’élève (flèches blanches). Il échange avec les élèves qui apportent eux aussi savoirs et compétences et s’expriment. L’espace classe s’ouvre vers l’extérieur: des intervenants (losanges bleus) interagissent avec le groupe classe de façon globale ou individualisée. L’enseignant est présent, veille mais n’intervient pas forcément.
Si ce modèle est commun en maternelle et en élémentaire (mais déjà moins), il est rare ou inexistant en collège et au lycée. Il n’est pas rassurant ni pour l’enseignant, ni pour le parent ou l’administration. Il met en « danger » l’enseignant. Et c’est de cette remise en cause pedagogique que naît l’innovation.

L’élève s’exprime, rédige, publie individuellement et créé des interactions qui l’inscrit dans un réseau ouvert sur le groupe élève-enseignant et sur l’extérieur. Les savoirs ne sont pas unilatéraux : l’élève mutualise de fait les savoirs acquis puisque les échanges sont publics et diffusés en réseau.

Exemple: un élève de ma classe et un étudiant indien (de l’ @afmumbaï) qui échangent via Twitter sur les traces de la décolonisation Indienne créent un rapport gagnant-gagnant: l’élève gagne en savoirs historiques, l’étudiant gagne en pratique de la langue écrite. Mais ce sont aussi les groupes-classes qui y gagnent puisque ces échanges sont publics donc diffusés en réseau. D’échanges individualisés, naît une banque de savoirs. L’enseignant n’est plus le seul à apporter le Savoir à l’élève mais ca ne l’exclut pas sa posture de celui qui « enseigne » : il peut enrichir l’apport extérieur, le préciser.
L’ouverture de la classe permet à chacun (élève , enseignant, intervenant extérieur) de gagner.

L’introduction des réseaux sociaux et plus largement du numérique aujourd’hui dans ma pédagogie m’a permis de définir autrement ma place et mes élèves la leur. Comprendre justement qu’il n’y a pas de « place statique » en Éducation mais uniquement des postures d’apprenant.

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