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Pourquoi je n’utilise plus (beaucoup) Twitter en classe

Force est de constater qu’au bout de 4 ans, j’utilise de moins en moins Twitter en classe. Alors que s’en multiplient les usages et les expérimentations (310 classes francophones répertoriées à ce jour ), je constate que je nage à contre-courant de cette vague.

J’ai défini depuis le début de mon exploitation des réseaux en classe cinq objectifs majeurs:
1. l’éducation à l’internet et aux réseaux sociaux
2. communiquer avec la classe
3. écrire
4. ouvrir la classe
5. impliquer et valoriser

Objectif 1 : éduquer à l’internet et aux réseaux
J’ai constaté une évolution avec ma nouvelle classe de Seconde dès la rentrée (à lire ici) : cette génération de 14/16 ans est devenu adolescente avec Facebook, connait déjà Twitter. Si je les initiais à un nouveau réseau il y a 2 ou 3 ans, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ils baignent dans cette culture du réseau social du Net, comprennent aussitôt les tenants et aboutissants, ont déjà reçu une éducation à l’Internet au collège. L’aspect innovant n’existe plus. Utiliser un réseau social est courant, commun. J’y perds donc en « attrait ».

Pour autant, connaissance ne veut pas dire réflexion et prise de conscience ! Nous continuons donc à travers nos usages cette éducation.

Objectif 2 : Communiquer avec la classe

C’était un des objectifs que j’ai cherché à largement développer la 1ère année. Ca a fini par fonctionner parce que j’activais beaucoup la communication : messages, les #soyezcurieux, des infos inédites…

Mais je me suis épuisée, ai trouvé de moins en moins d’énergie et donc d’envie à activer cette communication. Et elle s’est perdue petit à petit. Aujourd’hui, nous n’utilisons que Twitter en classe et pas hors classe.
Comme nous travaillons beaucoup avec Google Drive, c’est pour le moment par mail que nous communiquons : mais la dimension « réseau » disparaît.
C’est finalement vers Facebook que nous allons nous replier. Parce que l’évidence est là : c’est encore sur ce réseau que les adolescents sont le plus présents. Alors pourquoi essayer de créer un réseau ailleurs quand il existe déjà ? Nous allons créer à la rentrée prochaine un groupe fermé qui nous permettra de communiquer et échanger en réseau en intra-classe. Je perds la notion d’ouverture mais il y a des infos qui n’ont pas besoin d’être « grand public » comme un changement d’emploi du temps ou un devoir à rendre. Je suis leur professeur principale, nous avons beaucoup d’informations de ce type à échanger. Quel intérêt en réseau ouvert ?

Twitter et Facebook ont leurs qualités (et leurs défauts!) qui leur sont propres: nous allons donc utiliser les deux selon nos besoins.

Objectifs 3/4/5 : Ecrire et Ouvrir pour Valoriser

Twitter permet d’écrire, de publier. Même si ce sont des micro-messages, l’acte d’écrire existe. Mais écrire et publier suppose t-il qu’on soit lu pour autant ?
Quand j’ai commencé à utiliser Twitter avec mes élèves, en 2009, c’était simple: un territoire quasi vierge où nous avons évolué de manière visible: c’était facile, nous étions les seuls à utiliser Twitter en classe ! Alors ce que nous écrivions était lu, les appels à contribution étaient relayés en nombre, les interactions étaient fortes et de qualité.
Etre peu permettait de former un réseau solide et mes élèves ont pu profiter de cette opportunité.
De cet espace « cosy », nous sommes passés à une terre très grand public. Il n’est plus question de croire que ce que nous publions en classe est lu par un grand nombre.
Parce qu’il y a multiplication des classes qui tweetent et parce que les tweets sont noyés dans un flux énorme. (A voir cette carte mondiale de l’activité Twitter en temps réel http://tweetping.net/).
Si l’élève tweete et que personne ne lit ce tweet, quel est l’intêret ? Nous atteignons l’objectif 3 de l’écriture mais plus le 4 (ouvrir) et le 5 (valoriser).

Nos pratiques ont donc changé au fur et à mesure de l’évolution de Twitter

Le réseau que nous avons créé à nos débuts sur Twitter est solide et persistant : je m’appuie aujourd’hui dessus pour travailler avec mes élèves. Quand nous avons travaillons sur des projets, ce réseau permet des opportunités d’échanges, de réflexions, de connaissances qui justifient l’usage du réseau social en classe :

– Lorsque mes élèves tweetent avec les étudiants des Alliances françaises en Inde : il y a lecture et exploitation de leurs tweets, ouverture de la classe
– Lorsque mes élèves échangent avec des professionnels (sous la balise #decpro) il y a écrire, publication, lecture, communication, valorisation et apprentissage.
Les 5 objectifs fixés sont alors atteints.

Aujourd’hui j’utilise le réseau social en classe comme vecteur de projet : le réseau nous permet de communiquer, interagir avec des acteurs extérieurs à la classe. Nous sommes toujours dans un processus d’écriture et de publication mais avec l’assurance de lecture puisqu’il s’agit d’une situation de communication avec récepteur garanti lecteur.

En conclusion, si j’utilise beaucoup moins Twitter en classe aujourd’hui, ce n’est par une volonté farouche mais bien pour suivre une évolution. Le réseau social est en constante évolution: évolution du contenu, évolution des pratiques, évolution des émetteurs. Comme il y a constante évolution et changement du public élèves! A chaque nouvelle classe, j’ai souhaité changer de compte Twitter pour poser cette évolution. Avec l’usage de Twitter en classe, je n’ai pas souhaité créer de modèle, seulement utiliser un outil.

Je suis persuadée qu’une année prochaine, je n’utiliserai plus beaucoup ou du tout Twitter en classe parce que Twitter sera dépassé par un autre outil et que j’aurai trouvé mieux 😉

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